Au centre du Canada se trouve la grande mer intérieure de la baie d’Hudson, ou Kangiqsualuk ilua, une langue glaciaire de l’océan Arctique. Comptant environ 57 000 bélugas et autres mammifères marins, elle s’étend plus au sud que les capitales européennes de la Scandinavie, de l’Allemagne et de la Russie.

Comme la baie d’Hudson est l’écosystème arctique et subarctique le plus au sud au monde, elle est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique et aux répercussions des activités industrielles comme les projets hydroélectriques.

Protection des estuaires de bélugas

Les eaux de Kangiqsualuk ilua se trouvent au confluent de rivières sauvages du nord et de marées et de courants sans relâche, un endroit où les forts vents arctiques, les longs étés et la glace constamment changeante créent un écosystème productif dans l’océan le plus petit et le moins profond du monde. Les peuples autochtones, notamment des pré-Dorsétiens aux Dorsétiens, ainsi que les Thulés, les Inuits, les Dénés et les Cris, ont utilisé ces eaux côtières pendant au moins 6 000 ans. De nos jours, 41 collectivités inuites et autochtones s’épanouissent sur les rives de la baie d’Hudson, comptant sur ses eaux pour la nourriture, la subsistance économique et les déplacements.

Le bassin hydrographique qui se déverse dans la baie d’Hudson est plus gros que les fleuves Mackenzie et Saint-Laurent combinés, s’étirant des prairies, des forêts boréales et des Rocheuses à l’ouest jusqu’aux montagnes des Laurentides dans l’est et aux monts Baffin au nord.

Sur les côtes ouest de la baie d’Hudson, quatre des principaux réseaux fluviaux du Canada – la rivière Seal, le fleuve Churchill, la rivière Hayes et le fleuve Nelson – acheminent des nutriments et des détritus en aval dans les deltas d’eau salée. Comme les estuaires de partout dans le monde, ces zones sont biologiquement riches et comptent certaines des plus grandes migrations d’oiseaux et de mammifères marins de la planète. Chaque été, un tiers de la population de bélugas du monde retourne vers ces eaux chaudes et peu profondes pour muer et accoucher. Les narvals nagent du détroit d’Hudson jusque dans les eaux entourant l’île Southampton. Les phoques et les ours polaires errent sur les glaces et les côtes. Des millions d’oiseaux marins d’Amérique du Nord s’arrêtent ici chaque été dans le cadre de deux voies de migration continentales qui soutiennent d’importantes populations à l’échelle mondiale.

La baie d’Hudson perd des glaces marines plus rapidement que les autres régions de l’Arctique en raison de sa latitude méridionale. Elle fait également face à des conséquences industrielles, comme des modifications de débits fluviaux en raison de projets hydroélectriques au Manitoba, en Ontario et au Québec. Tout changement dans la productivité biologique de la baie entraîne, à son tour, des conséquences fondamentales sur la base économique et la santé des collectivités côtières qui dépendent des ressources naturelles de la baie pour leur subsistance.

Voie de la protection

Au cours des cinq dernières années, les efforts de conservation à long terme des estuaires de la rivière Seal, du fleuve Nelson et du fleuve Churchill ont pris beaucoup d’ampleur. Ils se sont fondés sur la recherche réalisée par Océans Nord, Inuit Heritage Trust et Pêches et Océans Canada, notamment la découverte d’un camp de chasse de l’époque des Thulés et la compréhension scientifique accrue de la façon dont la plus grande population de bélugas utilise cet habitat d’été essentiel.

En 2016, le gouvernement du Manitoba a publié un plan d’action pour aider à protéger les bélugas qui vivent dans les estuaires de l’ouest de la baie d’Hudson. L’objectif du plan est de prévenir les répercussions négatives sur ces bélugas alors que la population est toujours en bonne santé. Les défis comprennent le déclin des glaces marines, l’accès accru des prédateurs en raison des saisons d’eaux libres plus longues et la hausse des activités industrielles pouvant produire de la pollution, des variations hydrologiques et du bruit en raison de la circulation. La protection des zones au large de la côte de la baie où les bélugas se rassemblent jusqu’à 60 mètres de profondeur permettrait de protéger jusqu’à 90 % de leur habitat.

La stratégie de conservation intégrée proposée pour protéger la population de bélugas de la baie nécessitera le soutien d’intervenants clés, notamment de la part des collectivités inuites, qui dépendent des baleines comme source de nourriture, et des exploitants touristiques d’observation de baleines, situés à Churchill, au Manitoba, à l’extrémité sud de la baie, et générant environ 5,6 millions de dollars de revenus annuellement. En travaillant ensemble, un plan peut être mis en place afin de conserver cet habitat essentiel de bélugas pour les générations futures.

Océans Nord soutient les efforts suivants dans la baie d’Hudson :

  • la création d’une aire marine nationale de conservation dans les trois estuaires de la rivière Seal, du fleuve Nelson et du fleuve Churchill à la suite d’une collaboration entre Parcs Canada, le gouvernement du Manitoba et les organismes de revendications territoriales cris et du Nunavut;
  • la protection des eaux hauturières de la baie d’Hudson pour protéger les migrations d’oiseaux et de mammifères marins importantes à l’échelle mondiale et assurer la durabilité des pratiques d’exploitation des ressources fauniques traditionnelles.

Johnny Mamgark et sa famille, Arviat, au Nunavut.