Situé à l’entrée est du passage du Nord-Ouest, Tallurutiup Imanga, aussi appelé le détroit de Lancaster, est une région de fjords spectaculaires, de montagnes escarpées et de glaciers de marée et est le lieu de résidence d’Inuits qui, depuis longtemps, dépendent de sa riche productivité biologique. Reconnu pour son importance environnementale et culturelle, Tallurutiup Imanga est le site proposé pour une aire marine nationale de conservation (AMNC) qui protégerait ses eaux pour les générations futures.

Un écosystème marin abondant

Chaque printemps et chaque automne, un grand nombre de narvals et de baleines boréales migrent dans Tallurutiup Imanga. Le retour de ces baleines soutient la saison des activités traditionnelles d’exploitation des ressources fauniques pour les cinq collectivités environnantes du détroit de Lancaster : Pond Inlet, Grise Fjord, Clyde River, Resolute Bay et Arctic Bay. La chasse aux baleines, aux phoques et aux autres mammifères marins est une partie importante de la culture inuite et ces mammifères marins sont une source d’« aliments prélevés dans la nature » qui procurent une alimentation essentielle aux habitants du Nord.

Un peu partout dans Tallurutiup Imanga, des polynies, c’est-à-dire des zones d’eaux libres entourées de glaces, fournissent aux espèces sauvages des oasis où ils peuvent se nourrir, se reproduire et hiverner. Dans les polynies, les remontées d’eaux chaudes et le soleil créent une explosion de plancton qui soutient de vastes bancs de morue polaire, une source de nourriture pour les mammifères marins. Environ un tiers des bélugas d’Amérique du Nord, des baleines boréales, qui étaient autrefois en voie de disparition, des morses, des phoques annelés, des phoques du Groenland et des phoques barbus, et environ 85 % des bélugas du monde passent l’été narval dans Tallurutiup Imanga, où ils se nourrissent, allaitent et se reposent. De grands nombres de mergules nains, de guillemots du Canada, de mouettes, de guillemots, de canards de mer et de fulmars boréaux viennent aussi se nourrir et faire leur nid dans cette région.

Voie de la protection

Pendant les quelques dernières décennies, les intérêts commerciaux se sont heurtés aux intérêts cherchant à protéger Tallurutiup Imanga. Vers la fin des années 1960, le gouvernement fédéral a accordé des permis d’exploration pétrolière pour 5 665 608 hectares (14 000 000 acres) au large de la côte de l’embouchure du détroit de Lancaster à une dizaine de sociétés pétrolières. Le gouvernement a procédé ainsi sans consulter les collectivités inuites. En 1974, le premier puits exploratoire approuvé a procédé à un forage sans précédent de 914 mètres, une profondeur qui n’avait jamais été atteinte dans l’Arctique.

Après une forte opposition de la part des collectivités inuites, le gouvernement a consulté les leaders locaux et a réalisé des études régionales plus vastes. En 1987, Parcs Canada a proposé la création d’une aire marine nationale de conservation dans le détroit de Lancaster et a commencé une étude de faisabilité. À la suite de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut en 1993, les consultations avec les collectivités inuites ont permis de conclure qu’il y avait un fort soutien en faveur de la protection du détroit de Lancaster contre les activités pétrolières et gazières potentiellement nuisibles.

En 2009, le gouvernement fédéral a annoncé une étude de faisabilité de 5 millions de dollars pour le parc marin national. L’année suivante, des tests sismiques visant à évaluer les ressources pétrolières et gazières potentielles ont été prévus pour Tallurutiup Imanga. Toutefois, les collectivités inuites environnantes ont protesté contre les tests et ont obtenu une injonction judiciaire en août 2010 pour empêcher leur tenue. En décembre de la même année, le gouvernement fédéral a proposé des limites pour l’AMNC et a entamé des négociations avec la Qikiqtani Inuit Association.

En 2015, Royal Dutch Shell a renoncé à ses concessions pétrolières à l’extrémité est du détroit de Lancaster, permettant ainsi d’élargir la superficie de l’aire protégée proposée de 41 000 kilomètres carrés pour atteindre 109 000 kilomètres carrés.

L’importance écologique du détroit de Lancaster est reconnue à l’échelle mondiale, et des propositions ont été déposées pour protéger cette région à titre de réserve biologique mondiale et de site du patrimoine mondial des Nations Unies. De nos jours, les Inuits et le gouvernement fédéral en sont aux dernières étapes de la négociation de plans pour une AMNC qui protégera ces eaux pour les générations futures.

Possibilités

Océans Nord soutient deux principaux efforts à l’égard de la protection marine et communautaire dans cette région :

  1. Océans Nord soutient les efforts de Parcs Canada et de la Qikiqtani Inuit Association en vue de la cogestion de Tallurutiup Imanga (détroit de Lancaster) sous forme d’AMNC modèle qui a recours aux connaissances et aux compétences inuites.
  2. Simultanément, Océans Nord soutient les pratiques de navigation durables de la mine de minerai de fer Mary River située à proximité qui ne perturbent pas les populations d’oiseaux et de mammifères marins traditionnellement exploitées ou qui ne déstabilisent pas les glaces marines que les résidents locaux utilisent pour les déplacements.