Le changement climatique fait rapidement fondre les glaces de mer de l’Arctique, entraînant une saison de navigation plus longue et un plus grand accès que jamais à cette région. Au cours de la dernière décennie, la circulation maritime a plus que doublé. Mais l’Arctique canadien – et, en particulier, son archipel – demeure l’un des milieux de navigation les plus difficiles, dangereux et éloignés au monde.

À certains endroits, les couloirs de navigation se trouvent très près de zones d’habitat essentiel ou partagent des passages étroits avec des plaisanciers locaux, des espèces sauvages et des glaces flottantes dangereuses. Des approches novatrices sont requises pour gérer la circulation maritime, protéger les habitats marins et améliorer les mesures de sécurité.

Navigation dans l’Arctique : Avantages et risques

La navigation est un mode de transport important et rentable pour les collectivités des zones côtières de l’Arctique. À l’exception d’Inuvik et de Tuktoyaktuk, aucune collectivité de l’Arctique n’a d’accès routier toute l’année. Les navires sont essentiels pour livrer des provisions saisonnières, du carburant et d’autres fournitures aux collectivités locales, ainsi qu’aux projets industriels, aux sites de recherche et aux installations militaires. L’océan est également une autoroute importante pour les résidents locaux qui se déplacent par les glaces de mer ou par bateau pour aller camper ou réaliser des activités d’exploitation de la faune.

Toutefois, la navigation pose des risques graves à l’écosystème de l’Arctique, qui est déjà vulnérable en raison des changements importants causés par le changement climatique. L’éloignement, les conditions météorologiques extrêmes, les mauvaises cartes, l’infrastructure limitée, l’inexpérience des exploitants et les communications peu fiables peuvent mettre en danger les vies humaines et l’environnement. Un déversement pétrolier important, un voyage de déglaçage au mauvais moment, l’introduction d’espèces envahissantes et des perturbations sonores répétées pourraient avoir des effets dévastateurs sur les mammifères marins, les oiseaux marins ou les poissons. Pour les collectivités du Nord, la protection de ces ressources naturelles est essentielle au maintien de leur culture et de leur mode de vie.

Hausse de la navigation dans l’Arctique

Le changement climatique continue à réduire la quantité de glaces de mer estivales, battant des records année après année. Pour les entreprises de transport maritime, cela signifie un plus grand accès aux eaux de l’Arctique pendant de plus longues périodes chaque année. Il en résulte une hausse continue de la circulation maritime, qui devrait se poursuivre dans un avenir rapproché.

Cette tendance est principalement motivée par trois activités spécialisées :

  • Extraction des ressources – Les projets d’exploitation minière dans les zones éloignées de l’Arctique canadien comptent sur les navires de grande taille pour livrer le carburant et les provisions, et acheminer les produits vers les marchés. On prévoit que de nouveaux projets d’extraction des ressources entraîneront des hausses importantes de la circulation industrielle dans certaines voies maritimes.
  • Tourisme – L’attrait mystique de l’Arctique et l’intérêt renouvelé à l’égard du passage du Nord-Ouest amènent plus de touristes et d’aventuriers vers ces eaux éloignées du Nord. Sans infrastructure adéquate, supervision et autres lignes directrices, ces activités peuvent être dangereuses, créer des risques environnementaux et grandement perturber la vie communautaire dans les collectivités du Nord.
  • Recherche – La recherche scientifique est essentielle à la compréhension et à la gestion des répercussions du changement climatique dans l’Arctique. Des renseignements plus détaillés sont requis à propos de ces bouleversements environnementaux importants. Cela a mené à des hausses importantes de la circulation de navires de recherche.

Environnement extrême et isolé

L’Arctique peut sembler plus accessible que jamais, mais il demeure un lieu extrêmement dangereux. Les fortes tempêtes, les glaces pluriannuelles, les bancs non indiqués et les vastes distances peuvent rapidement entraîner des problèmes pour un marin mal préparé. Les navires qui s’aventurent dans ces eaux font face aux éléments suivants :

  • Éloignement – Les exploitants doivent être prêts à toute éventualité et urgence parce que l’aide peut prendre plusieurs jours à arriver, si celle-ci est disponible. Par exemple, il n’y a aucune capacité de réponse à de gros déversements de pétrole.
  • Infrastructure et services limités – Pour la plupart des collectivités, les plages de gravier sont la principale infrastructure de réception des petits navires et des cargos qui déchargent leur cargaison. Il n’y a pas de services portuaires, de réseaux de communication solides et d’installations de réception des déchets. D’autres types d’infrastructure, comme des aides à la navigation, des points d’ancrage, des quais et des bornes d’amarrages, et des services de déglaçage sont peu nombreux et espacés. Des investissements sont grandement requis pour faire face à ces lacunes de longue date.
  • Plancher océanique très variable et mal représenté par carte – De vastes zones du plancher océanique de l’Arctique canadien n’ont pas encore fait l’objet de levés conformes aux normes modernes. Dans les chenaux étroits et peu profonds de l’archipel Arctique, le manque d’information bathymétrique pose un risque d’échouement pour les navires. En 2010, un navire de passager et un navire-citerne ont tous deux échoué dans des passages peu profonds dans la région de Kitikmeot. L’Exxon Valdez a connu ce sort en Alaska en 1989, causant un énorme déversement de pétrole.
  • Glaces flottantes pluriannuelles – La glace pluriannuelle est la glace la plus dense et la plus dangereuse pour les navires. Alors que les glaces marines fondent dans l’océan Arctique central, les eaux libres permettent à la glace pluriannuelle de se déplacer dans les canaux de l’archipel Arctique. Les scientifiques s’attendent à voir un plus grand nombre de ces glaces flottantes en raison du changement climatique.
  • Conditions météorologiques graves – Les régimes climatiques à évolution rapide peuvent forcer les navires à chercher refuge. Le changement climatique devrait entraîner une hausse de ces risques liés aux conditions météorologiques. Les dates de gel ont lieu plus tard à l’automne, ce qui incite les entreprises de transport maritime à pousser leurs activités jusqu’à la saison intermédiaire, une période pendant laquelle les grosses tempêtes sont plus fréquentes. Une intervention en cas d’incident grave à la fin de l’automne serait extrêmement difficile.

Protection des écosystèmes vulnérables

Un concept important est celui des « points sensibles », soit des zones particulières où certaines activités de navigation sont incompatibles avec l’environnement.

Un de ces points sensibles est l’archipel Arctique du Canada. L’archipel est composé de 94 grosses îles et de 36 469 petites îles qui couvrent une superficie totale de 1,4 million de kilomètres carrés. Dans certaines régions, les navires qui naviguent autour de ces îles doivent partager les canaux avec des bateaux locaux, des mammifères marins, des poissons et des glaces flottantes. Certains habitats essentiels pour les mammifères marins, les oiseaux et d’autres espèces sauvages chevauchent des couloirs de navigation importants ou se situent très près de celles-ci.

Les écosystèmes de l’Arctique ont des changements saisonniers prévisibles qui procurent des habitats essentiels pour les espèces sauvages, les oiseaux marins et les poissons. La circulation maritime au mauvais moment et au mauvais endroit peut causer des dommages importants. Des règlements sont requis pour protéger les points sensibles contre les activités maritimes incompatibles.

Zones d’espèces sauvages sensibles aux saisons

Certaines de ces zones sensibles aux saisons à être éviter comprennent les rives où se trouvent de grandes populations de morses, les aires de mise bas des baleines, les endroits de nidification des oiseaux et les habitats de glace des phoques, des ours polaires et d’autres espèces sauvages.

Les Autochtones locaux et les scientifiques sont des experts pour déterminer ces zones spéciales et comprendre leurs sensibilités. Le gouvernement fédéral est responsable, pour le compte de tous les Canadiens, d’intégrer ces connaissances dans la gestion de la navigation dans l’Arctique. Cette mesure permettra de protéger l’environnement marin fragile et de prévenir la perturbation d’activités traditionnelles importantes, comme la chasse.

Normes rigoureuses requises pour la navigation dans l’Arctique

Les risques liés à la navigation dans le Nord signifient que les exploitants sérieux dans l’Arctique sont hautement spécialisés et possèdent des titres de compétences impressionnants. Le gouvernement fédéral impose certaines des normes de sécurité les plus élevées aux navires commerciaux de grande taille, exigeant que les exploitants :

  • aient recours à des navigateurs expérimentés pour la navigation dans les glaces;
  • utilisent des navires spécialement construits;
  • fassent approuver leurs plans de voyage au préalable;
  • fassent rapport à la Garde côtière tout au long de leur voyage;
  • respectent un régime réglementaire rigoureux et multicouche.

Notre approche

Océans Nord travaille avec des organismes inuits et le gouvernement fédéral afin de promouvoir des normes de classe mondiale en matière de gestion environnementale pour les exploitants de navires dans l’Arctique canadien.

Les trois fondements de nos travaux sont les suivants :

  1. Les mesures de réglementation et de gestion régissant la navigation dans l’Arctique devraient comprendre une protection solide des zones écosensibles et tenir compte des vulnérabilités des écosystèmes et des espèces sauvages de l’Arctique.
  2. Par l’intermédiaire de leurs organismes de revendications territoriales, les Inuits doivent être pleinement et officiellement inclus dans la création et la mise en œuvre de politiques en matière de navigation dans l’Arctique, et de gestion et de surveillance des navires.
  3. Le système de sécurité autoritaire et axé sur la prévention qui existe actuellement pour l’Arctique canadien doit continuer à évoluer et à progresser – notamment au moyen d’investissements dans l’infrastructure locale et la capacité – afin de répondre aux demandes liées à l’accroissement des activités de navigation.

La navigation n’est pas un concept étranger dans l’Arctique; les peuples autochtones transportaient des biens et se déplaçaient en bateau bien avant l’arrivée des Européens. Ce qui est différent aujourd’hui est l’ampleur des activités de navigation. Afin de protéger ces eaux, nous devons encourager des pratiques de navigation avisées et durables qui soutiendront à la fois l’industrie et les gens qui demeurent dans cette région.