La polynie des eaux du Nord, appelée Pikialasorsuaq, en groenlandais, est l’un des écosystèmes océaniques les plus productifs de la planète. Constituant une zone d’eaux libres entourée de glaces dans le nord de la baie de Baffin, elle soutient une abondance de mammifères marins, notamment des narvals, des morses, des phoques et des ours polaires, ainsi que des oiseaux marins et une variété de poissons. Couvrant environ 85 000 kilomètres carrés, la plus grande polynie de l’Arctique constitue un habitat essentiel pendant les migrations annuelles.

Le grand courant

Chaque printemps, la prolifération de vie nouvelle à Pikialasorsuaq (qui signifie « grand courant ») soutient la riche diversité biologique dans d’autres parties de l’Arctique également. La morue polaire, les oiseaux marins et les mammifères marins migrent de la polynie jusqu’à la baie de Melville et au détroit de Lancaster, la porte d’entrée est du passage du Nord-Ouest, et au-delà.

Qu’est-ce qu’une polynie ?

Une polynie est une zone d’eaux libres à longueur d’année, entourée d’une couverture de glaces marines plus épaisses et plus lourdes. Les polynies sont des oasis marines dans l’Arctique, leurs eaux riches en nutriments fournissant à une vaste gamme d’espèces un endroit pour se nourrir, se reproduire et hiverner.

La polynie des eaux du Nord est alimentée par les eaux douces provenant des calottes glaciaires au Groenland et au Canada mélangées aux colonnes d’eau du Pacifique qui cheminent dans les chenaux sous-marins du passage du Nord-Ouest et du détroit de Lancaster. Ces eaux glaciales s’intègrent dans le courant atlantique plus chaud et sont transportées jusqu’à la côte ouest du Groenland.

L’existence de la polynie des eaux du Nord dépend des hivers froids et stables qui créent un pont de glace entre l’île d’Ellesmere du Canada et le Groenland. Ce pont de glace empêche la banquise polaire d’entrer dans la polynie. Les vents dominants du Nord poussent les glaces qui se forment dans la polynie vers le Sud, aidant à garder ses eaux libres.

Lorsque le soleil revient dans le Haut-Arctique à la fin de l’hiver, un phénomène biologique spectaculaire a lieu dans les eaux du Nord. La combinaison de soleil et d’eaux libres – des ressources rares dans un océan autrement gelé – permet à l’énergie solaire d’être absorbée et distribuée par la photosynthèse. Cela crée l’explosion annuelle de plancton. Le phytoplancton transforme l’énergie solaire en source de nourriture pour les espèces des échelons plus élevés de la chaîne alimentaire. Les poissons, les oiseaux marins et les mammifères marins dépendent tous de la prolifération de plancton printanière.

Peuples des eaux du Nord

Le pont de glace entre l’île d’Ellesmere et le nord-ouest du Groenland qui a aidé à créer la polynie des eaux du Nord constitue une voie de migration inuite depuis des siècles. Qidtlarssuaq, un shaman et chef inuit du 19e siècle, a parcouru avec ses disciples le chemin entre ce qui est maintenant le Nunavut, et la région de Qaanaaq du Groenland en traversant ce pont de glace. Il est reconnu pour avoir réintroduit des technologies perdues, notamment le qajaq (kayak) aux peuples de cet endroit.

Les collectivités inuites des deux côtés de la baie de Baffin  dépendent des richesses naturelles de la polynie des eaux du Nord pour chasser et exploiter les ressources fauniques et pêcher. Les collectivités situées près de la polynie, notamment Grise Fjord et Qaanaaq, ainsi que les villages qui sont à des centaines et même à des milliers de kilomètres de là, bénéficient de la migration des espèces dans cette région. Cette dépendance commune à l’égard des eaux du Nord a créé des liens culturels importants entre le Nunavut et le Groenland.

Conditions changeantes de la glace de mer

La polynie des eaux du Nord compte sur des conditions de glace uniformes. À plusieurs reprises au cours des dernières décennies, le pont de glace dans le détroit de Nares n’a pas réussi à se former en hiver, provoquant la dérive de la glace de mer du Haut-Arctique vers le sud et le remplissage de la polynie. Alors que l’Arctique se réchauffe en raison du changement climatique, la glace de mer devient plus mince et plus variable, et l’avenir du pont de glace est incertain. Ces changements ont des incidences sur la flore et la faune qui dépendent des polynies, ainsi que sur les peuples du Pikialasorsuaq qui dépendent de sa riche productivité biologique.

La meilleure façon de comprendre ces conditions changeantes de la glace est en étudiant les tendances au fil du temps. Les images satellites ci-dessus, fournies par l’université de Brême en Allemagne, montrent des aperçus hebdomadaires de la polynie des eaux du Nord. Ces images peuvent être comparées à celles des semaines ou des années précédentes afin de suivre la formation du pont de glace de la polynie chaque hiver et la façon dont il se brise chaque printemps. En utilisant cette technique, les chercheurs ont établi que le nombre de jours où le pont de glace est en place a diminué d’environ 2,1 jours par an au cours des 40 dernières années – soit 84 jours au total – avec des variations considérables d’une saison à l’autre.

La Commission Pikialasorsuaq

En 2013, le Conseil circumpolaire inuit du Groenland a rencontré à Nuuk, au Groenland, des membres des collectivités de partout dans Pikialasorsuaq pour connaître leurs préoccupations concernant l’avenir de cette région. La Commission Pikialasorsuaq  a par la suite été créée en 2016. Son mandat consistait à faciliter la participation communautaire et régionale, à incorporer les connaissances autochtones et à recommander des stratégies pour protéger et surveiller la santé de Pikialasorsuaq pour les générations futures.

Trois commissaires ont été nommés : un représentant international, un du Canada, et un du Groenland :

  • Okalik Eegeesiak, Président du Conseil circumpolaire inuit
  • Eva Aariak, ancienne Première ministre du Nunavut
  • Kuupik Kleist, ancien Premier ministre du Groenland

Un avenir commun

Océans Nord a appuyé la création de la Commission Pikialasorsuaq et a aidé à la tenue de consultations au Nunavut et au Groenland. Pendant ces réunions, les Inuits des deux côtés de la baie de Baffin ont demandé la création d’un organisme coopératif de gardiennage pour Pikialasorsuaq, qui serait dirigé par les résidents locaux. La Commission a exploré des façons afin que les Inuits des deux pays puissent travailler ensemble pour surveiller et gérer ce riche écosystème et a publié un rapport contenant des recommandations en 2017.

En décembre 2018, la Commission Pikialasorsuaq a terminé ses travaux et a été remplacée par le Comité de mise en œuvre de Pikialasorsuaq (PIC). L’objectif du PIC est de mettre en œuvre les recommandations de la commission, de contribuer au développement d’un régime de gestion de cette région dirigée par les Inuits et de soutenir les négociations entre les gouvernements régionaux et fédéral.

Au Canada, la polynie des eaux du Nord est identifiée par certains chefs et membres de la collectivité comme une potentielle aire protégée autochtone. Le Groenland est un pays autonome du Royaume du Danemark qui conserve actuellement les pouvoirs à l’égard de la plupart des décisions liées aux eaux au large de la côte. Un organisme de cogestion Canada-Danemark pour la polynie des eaux du Nord, une idée qu’appuie Océans Nord, pourrait faire progresser l’objectif commun du Danemark et du Groenland consistant à élargir l’autonomie gouvernementale du Groenland et à promouvoir son autonomie à l’égard de ses ressources naturelles.

ressources connexes

People of the Ice Bridge The Future of the Pikialasorsuaq

Pikialasorsuaq is the largest Arctic polynya and most biologically productive region north of the Arctic Circle. The Pikialasorsuaq Commission, made up of representatives from both sides of Baffin Bay, issued this report in 2017 with major recommendations for the conservation and management of the polynya.

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